Lecture 1ère partie

Du vrai homme à l'homme vrai

Article de Stephen Vasey

Magazine EMERGENCE (F), jan-fév.2001

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L’homme se cherche. Le petit garçon dans chaque homme a toujours cherché à être homme, plus homme, un «vrai » homme. Certains auteurs disent que dans notre culture l’identité d’homme, voire la sensation d’en être un, n’est jamais acquise ou innée mais doit se mériter.

Et ainsi, les hommes ont cherché depuis des générations, ont travaillé parfois dur pour se prouver ou être reconnu comme tel. Ceci essentiellement dans quatre domaines :
– celui de la guerre ou toutes autres formes de violences diverses, plus ou moins organisées: le danger, échapper à la mort, se battre pour vérifier ses qualités d’homme.
– celui du travail: où l’ambition, une certaine agressivité leur ont aidé à se positionner, à monter dans la hiérarchie ou les postes à responsabilités et de pouvoir, à se dépasser, à réaliser de grandes choses dont ils peuvent être fiers.
– celui du Don Juanisme: occupés à conquérir les femmes, à se prouver ad eternum qu’ils sont capables de séduire, mais terrorisés par l’intimité qui pourrait naître de cette conquête.
– celui du sport enfin, où ils se testent et apprennent beaucoup sur leurs limites, à les dépasser, la compétition ouverte est une manière de se mesurer et de se connaître, de se reconnaître.

Il existe un autre domaine où aujourd’hui, l’homme est appelé à se découvrir, voire à se transformer: c’est dans la relation avec la femme!
Par le mouvement de libération des femmes en premier, puis par le développement personnel des femmes aujourd’hui, un nombre important d’hommes ont subi une bousculade sérieuse, parfois dramatique. A mon sens ils n’ont pas vraiment été invités à bouger; ils ont été obligés de se remettre en question, s’ils désiraient ne pas perdre le contact avec ces femmes.
Pour certains, ce fut une perte coûteuse de leur confort et prérogatives. Pour d’autres, ce fut un réel cadeau.
Il y a quelques années, j’ai entendu quelque chose de très beau au sujet de cette chance. Yvan Amar (décédé depuis, auteur de livres publiés à l’édition du Relié) déclarait à un groupe de gens proches de lui: « J'ai pu devenir disciple de ma femme, j'ai pu devenir disciple de ce qu'elle incarnait, de l'obligation de la relation à la vie. Elle m'a obligé à mon humanité, et ça, ça a été un chemin merveilleux. Difficile parce que ce n'est pas une femme idéale non plus. On a grandi ensemble."

Sur la base de ce que j’observe dans les formations personnelles ou séminaires que j’anime, si l’homme se cherche et désire se connaître mieux, je suis convaincu qu’il y a des lieux privilégiés: dans la rencontre avec ses pairs et dans la rencontre, voire la confrontation avec la femme.

Or dans leur relation aux femmes, les hommes développent beaucoup de défenses et de résistances : dilution, démission, dépression, anti-dépendance, désengagement, accidents... Comment pouvons-nous être des hommes, pour peu des “vrais”, si nous fuyons ou avons une multitude de peurs peu avouables en face des femmes ?

Une blague familière : “deux hommes au bistrot parlent de leurs problèmes avec leurs femmes, et le premier dit: ça fait deux mois que je ne parle plus à ma femme. Pourquoi lui demande le second, tu es fâché? Non, non, c’est que je ne veux pas l'interrompre" .

Cette petite histoire révèle peut-être la misère dans laquelle certains d’entre nous pouvons tomber, même si cela fait du bien d’en rire. Comment me sentirais-je en tant qu’homme si je me taisais autant? Qu’est-ce que je n’arrive pas à entendre ou à recevoir pour que ma femme soit obligée de parler de la sorte ? Quelles sont ces peurs ? En avons-nous conscience ? Sommes-nous capables d’en parler ? Voyons-nous comment nous réagissons pour éviter de resentir ces peurs ? Quelles sont ces peurs?

Ce que j’entends dans mes stages: la peur d’être envahi, la peur de l’émotivité de la femme, la peur d’être étouffé, la peur d’être contrôlé, d’être infantilisé, d’être dépendant, d’être rejeté (en particulier dans la sexualité), la peur de s’engager, de perdre le contrôle ou une pseudo liberté, d’exposer ou dire notre peur, la peur de se faire couper les c…, la peur de reconnaître la haine envers la femme ou l’envie de revanche etc.…

Ces peurs nous mettent en face de notre vulnérabilité et ceci est difficile. Je dirais même qu’une grande force à l’intérieur est nécessaire pour se laisser être vulnérable. La puissance d’un homme inclut évidemment cette dimension. Mais le petit garçon en chacun de nous aura le réflexe de la cacher, de vouloir à tout prix prouver et donner l’image du “vrai” homme.