Lecture 1ère partie

Parents, cherchent leur couple désespérémment

de Stephen Vasey
tiré du livre "Elever son Enfant Autrement", La Plage Edition. (F) © 2003

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Lorsque nous disons oui et que nous nous lançons cœur et âme dans le projet de créer notre famille, il est très facile d’y glisser énormément de projections positives, d’espoirs et d’attentes de bonheur. Et ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants... A la fin de leur vie, beaucoup de parents reconnaissent: “ce que nous avons fait de plus important, ce sont nos enfants”. Mais ce bonheur n’inclut-il pas celui de vivre une histoire d’amour en esprit et en chaire avec notre partenaire? Il est rare d’entendre: “et ils vécurent heureux, eurent beaucoup d’enfants... et ils jouirent d’une sexualité très satisfaisante et épanouissante...”.
La question qui se pose pour un certain nombre de parents est la suivante: doit-on sacrifier la vie du couple au profit de la bonne survie de la famille? Sans doute un peu. Comme on entend souvent: “ la vie intime des parents en prend un sacré coup!”. On observe chez les (nouveaux) parents une telle envie de bien élever leurs enfants, un tel besoin de faire bien tout ce qu’il y a à faire, c’est tellement important et valorisant, c’est probablement souvent gratifiant, que les besoins du couple passent facilement au second plan. D’ailleurs ce système peut tenir longtemps. Il devient une habitude confortable et terrible. Puis vient un moment, où l’un des conjoints, plus au clair ou en souffrance sur son manque, va provoquer certaines questions.

Si le “sacrifice” du couple doit se faire (en tout cas en partie), pour cette noble cause qu’est la famille, est-il possible d’imaginer une attitude différente, occasionnelle, en faveur de l’amour et du plaisir du couple?

Est-ce que les parents peuvent changer de rôle, par moments et retrouver celui d’amant ou de partenaire sexuel?

Faut-il vraiment plus d’énergie et de temps encore (!) pour enfin prendre-trouver un moment?

Est-il vrai que certaines mères enceintes ou qui allaitent ont du désir sexuel et même du plaisir à le vivre? Est-ce normal?

Est-il vrai que certains hommes désirent rencontrer leur partenaire dans l’amour sexuel, non pas par habitude ou compulsion, mais par amour de leur femme, par amour de l’amour et du plaisir? Est-ce que normal?

Est-ce qu’un couple peut vivre et “tenir ensemble” sans sexualité? Pourquoi la sexualité semble plus importante pour les hommes que pour les femmes?

Se poser les questions ci-dessus méritent un temps de réflexion et nos réponses, quelles qu’elles soient.
Est-ce légitime de s’inquiéter de la vie du couple dans l’aventure de la famille? Quelles sont nos priorités? Les réponses à ces deux dernières questions seront primordiales pour chaque couple, comme point de départ à un désir de changement.

Une position radicale et aimablement provocatrice, déclare: “le couple passe avant la famille; à couple disfonctionnel - famille disfonctionnelle”.

Quelle est votre position? Dans votre couple, avez-vous des avis différents? En discutez-vous? Avez-vous dégagé un terrain d’entente sur un minimum possible? Avez-vous baisser les bras? Ou est-il intelligent de lâcher prise et accepter, accueillir l’imperfection, pour l’instant?

Si nous pouvons et désirons nous engager dans un changement, de quoi avons-nous vraiment besoin?
En tant que parents, nous devenons, en général, des experts en besoins liés à la survie: nourriture, couches et hygiène, vêtements, accompagnement affectif et émotionnel de nos enfants, soutien de leur processus scolaire, etc.
Mais quels sont les besoins de notre couple?

Mystère, flou, confusion peut-être, vulnérabilité, consternation ou révélation? Peut-être avons-nous besoin d’écoute, d’encouragement, de soutien, de pouvoir dire et parler, de manger au restaurant, de sortir quelque part, faire un petit voyage comme avant... Peut-être désirons-nous avoir un moment ensemble et ne rien faire, ou se tenir, se coucher habillé et se mélanger les pieds, échanger de la tendresse, être affectif et enveloppant, laisser naître une sensualité petite et lente, permettre aux corps d’être nus et proches, être sexuel sans pénétration, faire l’amour en se regardant dans les yeux pour rester présent ou vivre un moment torride sur le canapé du salon... De quoi avons-nous besoin, que désirons-nous? Pouvons-nous rester avec la question ouverte? Pouvons-nous désobéir à tout ce qu’il y a à faire pour décider d’être ensemble et voler un moment, créer une occasion, nourrir une partie de nous qui en a besoin?
A ce point, il est important de comprendre que le sentiment amoureux et le désir sexuel sont deux éléments dissociés chez toute personne saine. S’il est clair que certaines personnes ressentent du désir sexuel renforcé par leur sentiment amoureux, l’inverse est aussi vrai: certaines personnes ressentent un sentiment amoureux profond et aucun désir sexuel. Beaucoup de couples séparés reconnaissent que ce n’est pas par manque d’amour qu’ils ont décidés de se séparer, mais, parce que au niveau de leur relation à l’autre et en particulier au niveau du désir sexuel, il y avait un manque.

Si nous pouvons admettre ceci, nous pouvons accepter qu’il est important de développer une responsabilité sexuelle individuelle. Pouvons-nous exister dans nos couples, en tant que femme ou homme sexuels que nous sommes et que nous avons été? Avons-nous une curiosité, une disponibilité et une disposition sexuelles? Restons-nous en contact avec notre sexe, avec notre sensation sexuelle, avec notre identité sexuelle, hors contexte sexuel et génital avec son partenaire?

La réponse à ces différentes questions peuvent beaucoup nous aider. Elles sont un préalable nécessaire pour ensuite aborder la phase de transgression (des rôles de parents) et la phase d’expérimentation (des rôles d’amants) où nous aurons à user de notre créativité et de notre détermination.

Nous avons proposé des mots tels que “désobéir” ou “transgresser”. Ce n’est qu’un début de nettoyage du langage: il s’agit de réaliser que ce que nous pourrions entreprendre courageusement pour notre couple sera artificiel, décidé et volontaire. Le plus naturel étant de rester dans les habitudes confortables et insatisfaisantes. De décider de “voler” un instant pour la sensualité ou la sexualité du couple, va nous confronter, nous frotter à “rebrousse devoirs”.
En fait, c’est changer de monde: passer du monde du devoir à celui du plaisir. D’ailleurs, si nous osons, quelle meilleure leçon et exemple pouvons-nous donner à notre progéniture? Et quel coup de pouce à notre estime de soi.
Récapitulons: la première étape serait de décider:

“Suis-je responsable de (garder le contact avec) ma sexualité?” Reconnaissons-nous notre dimension sexuelle... simplement (soit dit en passant, c’est elle qui nous a permis de devenir parent). Sommes-nous la gardienne ou le gardien de notre sexualité? Il s’agit de décider, car il y a besoin d’un engagement clair envers soi-même pour rétablir le contact, s’il a été perdu ou diminué.