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Réel : Vous organisez des stages sur la colère. Pourquoi ?
S. V. : Deux questions ont été très fortes dans ma vie : la sexualité et ma non-colère. Jétais un Anglais assez figé qui avait plutôt des problèmes intestinaux quand il était en conflit.
Jai appris, entre autres grâce aux relations que jai eu avec des femmes que jai aimé, que la colère était une émotion importante
et que je pouvais conserver mon dégoût pour lagressivité et la violence.
Jai commencé à proposer des stages Célèbre ta puissance et ta colère. Il y a une dizaine dannées, cétait précurseur, parce quà cette époque, on ne proposait pas ce genre de thème, mais plutôt lamour, le bonheur et lharmonie. Cela a eu, néanmoins, un certain succès. Depuis plusieurs articles sont parus sur ce travail.
Nous y apprenons à faire la différence entre colère et agressivité. La colère est une émotion qui a besoin de vivre et trouver sa place à lintérieur de nous dabord. Elle sapprend. Nous pouvons laccueillir, la sentir, la contacter, descendre la rejoindre. Nous pouvons la contenir ou nous pouvons lextérioriser. Nous pouvons même laimer. De ne pas la nier et un acte de puissance. Appuyé par elle, nous pouvons rester entier et vivant. Elle nous réveille, nous aide à être présent, elle peut être au service daffirmer un besoin, une limite, de rencontrer lautre. La colère est pour.
Lagressivité est contre. Lorsque nous nous défendons de notre propre colère, par impuissance nous développons une violence manifeste ou détournée, visible ou subtile. Cette violence, nous la connaissons bien ; elle est usuelle, familière, admise dans nos codes sociaux, mais elle fait énormément de dégâts, blesse et nous sépare. Que ce soit dans la famille, le couple, au travail. C'est de la " colère froide " ou refroidie, sèche ou piquante, cest du cynisme, de lironie ou du sarcasme. Cest également de labsence, de la coupure, du silence ou de lautodestruction.
Réel : La colère a-t-elle à voir avec la séparation ou le refus de la séparation ?
S. V. : Il est important de savoir prendre une distance, de se démélanger de celui ou de celle que lon aime le plus au monde. La colère nous aide à descendre dans le corps, il attire notre attention plus bas que le coeur, dailleurs nous pouvons la situer dans la région du plexus solaire. Si nous descendons, nous avons plus de chance de nous recentrer, de nous rappeler qui nous sommes, de " revenir dans nos chaussures ". Le coeur appuyé par un plexus solaire réveillé a tendance à vouloir souvrir
Beaucoup de personnes ont connu cette expérience, de sentir leur coeur après sêtre offert une vraie colère.
Réel : Il peut y avoir du plaisir ?
S. V. : Jai vécu des colères avec beaucoup de plaisir, cest quelque chose dorgasmique, dexpansif, de très chaud et agréable suivi de douceur et despace pour autre chose.
La lourdeur, par exemple, est un symptôme de la colère réprimée.
Réel : Mais la colère, n'est-ce pas lexpression d'une toute-puissance ?
S.V. : Quand on est dans sa puissance, on peut sentir sa colère et se lapproprier, on peut la laisser circuler à lintérieur et à lextérieur de soi.
Paradoxalement, nous sommes vulnérables lorsque nous sommes en colère. Cela nous expose, nous montrons combien nous sommes touchés.
Le contraire est révélateur : lorsque par impuissance je ne peux accéder à ce que je sens, jessaie de me mettre en position forte, en position de pouvoir sur lautre, et je reproche, jattaque lautre sur ses points faibles, je projette et je centre sur lautre mon énergie, je cède à lautre mon intensité et ma vitalité.
La violence physique est sanctionnée, ce qui me paraît juste et nécessaire. Mais quand une personne violente physiquement une autre, il est tabou de nommer la violence de la victime. Il est important de comprendre que la violence vient de limpuissance. La pauvre victime peut avoir une forme de violence quon nomme passive et avoir aidé à provoquer celle de lautre. Nous sommes coresponsables dun dérapage dans la violence, dans la plupart des cas. Un bel exemple, cest ce qui se passe dans les couples où lun rend violent lautre, pas par ce quil a fait ou dit, mais par ce quil na pas fait ou ce quil ne dit pas, justement. Cette pseudo-innocence est très provocatrice et ressentie comme violente.
Nous pouvons apprendre à sortir de la violence, quelle quelle soit car nous pouvons apprendre à honorer et à mieux vivre notre colère.
Propos recueillis par Georges Didier
* Stephen VASEY
Né en 1953 à Lausanne, Stephen Vasey est le jeune père dune petite fille et dun petit garçon. Sociologue, gestalt-thérapeute, formé dans différentes approches psycho-corporelles et sur des thèmes tels que la relation, la communication, le couple, la co-dépendance, la sexualité, laffirmation de soi, l'identité masculine ou féminine, la célébration de la colère et de la puissance, le toucher profond, etc.
Depuis 1980, il anime des ateliers de travail sur soi et de développement personnel ou thérapeutique en Suisse et en France ; il donne des consultations individuelles et des consultations de couples dans son cabinet à Lausanne ; depuis 1990, il réalise également des supervisions professionnelles, individuelles ou déquipes, dans différentes institutions sociales en Suisse romande.
Bibliographie
" La colère, cette émotion mal aimée ", de Serge Vidal et Carole Graf, Ed Jouvence
Stephen Vasey, Ch. de la Rosière 17, 1012 Lausanne, Suisse.Tél : 021-784 14 45
Pour plus dinformations et de lectures, consultez son site : www.therapie-de-couple.ch
Des stages ont lieu plusieurs fois par année en Suisse et en France.
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