La colère, c'est la santé...

Réhabilitée, la colère s'apprend... grâce à des stages où se pressent managers inhibés et couples rongés par les ulcères. explications.

C'est l'une des plus belles colères vues au cinéma. Un patron nippon, obèse et furibard, déverse sa rage sur deux employés tremblants, qui se demandent quand tout cela va s'arrêter. La scène, tirée de Stupeur et tremblements, l'adaptation au cinéma du roman d'Amélie Nothomb, pourrait servir de préambule aux stages orchestrés par Stephen Vasey.

Particularité de cet intervenant : il enseigne l'art de l'engueulade, le bon usage de la colère. Car, longtemps condamnée, la colère sort de son purgatoire. On ne compte plus, aujourd'hui, les livres qui célèbrent ses vertus (1). Une réhabilitation bienvenue quand on connaît le nombre de ceux qui n'accèdent pas à cette émotion, au travail ou dans le privé. Dans le jargon,on les appelle « ruminants » : ils ravalent et encaissent sans rien dire. Problème : ils ont fâcheusement tendance à se venger ensuite sur plus faibles qu'eux, voire à se faire un ulcère. Le phénomène tend à se généraliser dans une société de plus en plus policée, où l'on apprend à se taire, à refouler tout débordement. Au travail comme en famille, les rapports visent l'absence de vagues, le bannissement des conflits.

« Plutôt que de ressasser, mieux vaut une bonne et franche engueulade. » C'est, résumée, la préconisation de Stephen Vasey (2), « gestalt-thérapeute » suisse qui fut donc le premier à inaugurer ces stages originaux: « La colère est souvent libératrice. Elle nous aide à dire "stop !", à nous faire respecter. Mais point n'est besoin de hurler Ici, on apprend à l'exprimer sans agressivité. » A ses détracteurs avançant qu'il existe assez de violence dans le monde pour qu'en plus, on l'enseigne,

Vasey rétorque que «c'est justement en libérant nos rancœurs que nous évitons la violence. La colère s'apparente au sexe; rien ne sert de la nier et, si on la refoule, elle ne meurt pas, mais revient sous d'autres formes, en général plus perverses ».Aujourd'hui, ces stages remportent un tel succès qu'un module dédié aux chefs d'entreprise est créé. Il ne s'agit pas de modeler d'apprentis dictateurs, mais, au contraire, d'aider les managers à acquérir une assurance qui les dispense de hausser le ton : qui a conscience de sa force n'a plus besoin d'être violent... Au travail, les conflits sont le plus souvent larvés et refoulés. La colère s'y exprime de manière feutrée, d'autant plus cruelle. Il est bon qu'il existe des lieux où elle puisse exploser librement. Les Japonais, encore eux, l'ont compris à Tokyo, certaines grandes compagnies possèdent des salles où les employés peuvent crier dix minutes contre la photo de leur patron ou taper sur des punching-balls...

En couple aussi, on a souvent besoin de vider son sac. Et les disputes permettent parfois de salutaires mises à plat. Au point qu'à Bruxelles, des conférences apprennent aux couples à mieux se disputer(3). Amusant parallèle: le succès de ces clubs de colère coïncide avec celui des clubs de rire.

MONIOUE AYOUN

Article No 4 écrit par Monique Ayoun paru dans TGV Magazine.

  • (1) La colère, cette émotion mal aimée, de Serge Vidal et Carole Graf, Ed. Jouvence.
  • (2) Stephen Vasey, www.therapie-de-couple.ch. Tél.: 0041 (0) 21-78414 45.
  • Prochain stage : du 7 au 10 août 2003, à Ruffieu (entre Lyon et Genève).
  • (3) Conférences de S. Vidal et C. Graf. Tél.: 0032-2-376 36 74.